Mon univers

L'HISTOIRE DE CHARLES ROZOY

 "On ne nait pas nageur mais on le devient"

…cette phrase m'anime depuis mon plus jeune âge ! En effet, lorsqu’à 7 ans mes amis se retrouvaient après l’école pour s’amuser, je filais déjà à la piscine pour nager. Certes issu d’une famille de sportifs, personne ne m'a jamais poussé vers la compétition. Mon rêve de gosse je l'écrivais partout sur mes copies : "devenir Champion Olympique" pourtant loin de l'objectif et malgré les réprimandes de mes professeurs qui me répondaient "ce n'est pas un métier, tu n'as pas compris la question" je prenais les étapes les unes après les autres ...

 

Les années sport-étude

Je suis entré au collège en section Sport-étude où j'ai découvert la réalité des entrainements quotidiens en 6e et 5e avec un entrainement progressif en 4e et 3e. Le début des réussites, mais aussi des échecs sportifs, j’étais cependant toujours animé de la même volonté : rentrer en structure de haut niveau au lycée... Mon désir fût exaucé avec mon entrée au Pôle Espoir de natation en 2002. J'y ai retrouvé mon entraineur Sylvain FREVILLE qui m'accompagne aujourd'hui encore. La fidélité dans l'entrainement est très importante, elle permet de construire une relation de confiance. Il est cependant nécessaire que les deux parties se remettent en cause en permanence.

 

Durant ces 4 années au Pôle Espoir, j'ai appris énormément sur moi-même et mes capacités avant toute chose. Nous avions un aménagement scolaire spécifique afin de réaliser nos années de lycée en 4 ans au lieu de 3, pour nous permettre de nous entrainer deux fois par jour du lundi au samedi. 

Aux séances dans l’eau, s’est ajoutée la préparation physique, douloureuse découverte ! Les entrainements intensifs et répétitifs m’ont appris le dépassement de soi, mon entraineur me répétait chaque jour "la douleur n'est qu'une information... il te suffit de ne pas l'écouter"... 

 

Des difficultés à émerger

Champion du monde de l'entrainement, ma carrière ne décollait pourtant pas ! J'étais alors capable de nager 13 km le matin et 8km l'après midi... de battre des records à l'entrainement ou sur des compétitions secondaires qui n'étaient pas des objectifs... j'ai notamment battue le record des 12h de natation avec près de 42km malgré une météo exécrable. Mais lors des compétitions de référence rien ne va plus... toujours au pied du podium, à quelques centièmes des temps de qualifications pour les équipes de France. 

 

Etait-ce le manque de confiance en moi ou la peur de gagner, je ne peux pas dire ce qui m'empêchait à l’époque de décrocher les étoiles. J'étais incapable de mettre en place les consignes de mon entraineur pourtant simples : "faire ce que j'avais appris à faire". Aujourd'hui je pense qu'il y avait une réelle corrélation avec les propos des personnes qui m'entouraient, qui ne me croyaient pas capable de réaliser mon rêve. L'estime de soi est dure à trouver quand on se forme à devenir un Homme.

 

Des moments difficiles, avant le retour

Le bac en poche, ma carrière de nageur prend fin pour la première fois. Par manque de résultat, je n’ai pas été repris dans le groupe car je ne respectais plus les critères de haut-niveau.

 

Sur le chemin de la fac, de médecine plus précisément, je découvre que lorsque le corps est habitué à sa dose d'endorphine quotidienne cela devient une vraie drogue de faire du sport... J’ai donc du mal à rester seul pour travailler mes cours sans activité physique intense en parallèle. Proche de la dépression je dépasse les 100 kg alors qu'en période d'entrainement je n’en faisais que 74kg. 

Après un passage à vide de quelques mois je décide de passer mon Brevet d'Etat de Canoë Kayak en candidat libre pour ne pas perdre une année de plus. Le sport me fait renaître et je travaille comme un fou pour faire mes stages et passer mes examens avant la fin 2006-2007. Pari réussi, le B.E. validé je me réoriente en 2e année de STAPS. Grâce à mon expérience du haut niveau, une validation d'acquis m'est autorisée et je retrouve, avec plaisir, les bassins pour la fac, seul face à moi-même je me ré-entraine tous les midis pour obtenir une bonne note en option.

 

Premier déclic, en fin d'année je décroche mon année universitaire et deviens Champion de France N2 du 50m Papillon en réalisant un super temps ! J'avais enfin réussi à me dépasser le jour J. Je m'étais construit en temps qu'Homme ; physiquement j'étais celui que je voulais être mais mentalement aussi. J’étais enfin moi-même.

 

 

Le jour ou tout à basculer

Eté 2008, Maître-Nageur pour les vacances, je surveillais le plan d'eau de Grosbois en Montagne à quelques dizaines de kilomètres de Dijon. Ayant réintégré le groupe à la demande de mon entraineur, je devais sérieusement me remettre aux entrainements intenses. C’était donc fini les « bêtises », retour à la rigueur et aux bonnes résolutions.  Mais ce 26 juillet, de retour du travail, un chauffard me coupe la route en se déportant sur ma voie à la sortie d'un virage alors que je circule à moto, et me fait perdre le contrôle.

Aujourd'hui je sais qu’entre une barrière de sécurité et mon bras, c'est la barrière qui gagne ! 

Résultat : fracture ouverte de l’humérus. Ce n’est que bien plus tard qu’on découvre que les nerfs ont été étirés et arrachés au niveau de la moelle épinière me privant de l'usage du bras gauche. Après de nombreuses semaines de recherches je rencontre le Professeur Oberlin à Paris Bichat qui m'opère et me permet de retrouver l'usage partiel de mon bras grâce à une greffe de nerfs de plus de 8 heures. Il me réopérera ensuite pour me permettre d'utiliser la main grâce à un transfert de tendon. Aujourd'hui je n'ai qu'un usage très limité de ma main mais dans la vie courante c'est invisible une fois habillé.

 

Un champion ne meurt jamais !

En janvier 2009, après plusieurs mois de convalescence, je commence la rééducation. Toujours plus à l’aise dans l'eau je me rééduque dans le petit bassin de la piscine du Carrousel en plus de mes séances chez le kiné.

Le déclic : un jour j'entends un groupe de jeunes dire "Oh c'est Charles ROZOY, il était bon avant son accident... dommage il est foutu maintenant" ni une ni deux je fonce les voir sous le regard interrogateur de mon entraineur qui entrainait au même moment son groupe. Je les mets au défi de me battre sur un 25 mètres même si je nage sur un seul bras. N’ayant pas re-nagé depuis l’accident et mon bras toujours fragile, je l'attache le long de mon buste avec une ceinture de bébé nageur. Après tous ces mois sans activité et mon physique de criquet, je mets un point d'honneur à gagner grâce à mon mental d'acier. Une fois le mur touché et déclaré vainqueur, je me rends compte que je ne suis pas si pourri que ça et que mon envie de nager, insatiable, forte, est toujours présente. Mon entraineur me pousse alors à me motiver à nager en handisport...